EXPOSITION LA PESANTEUR ET LA GRACE 19 et 20 novembre
AVEC LE PEINTRE ARTURO DENARVAEZ
En novembre, Nancy Olivier reçoit pour la première fois à l'Espace 111 le peintre colombien Arturo Denarvaez.
Il y présente un ensemble de peintures, datant de 2005 à aujourd'hui, réunies par la filiation de leur thème, le mythe d'Icare, mais aussi par une sorte de synthèse stylistique, qui s'est stabilisée ces dernières années autour d'une forme d'expressionnisme figuratif puissant, bien que, ne se revendiquant d'aucune école (si tant est que cela ait encore un sens aujourd'hui), l'artiste aime à moduler sa manière picturale selon son propos : ici le trait sera plus précis, les formes plus abstraites, là, le geste sera plus ample, les couleurs plus violentes. Et même s'il se reconnaît un intérêt profond pour Bacon comme pour la peinture espagnole, Goya, le Greco, Zurbaran et surtout Vélasquez, Arturo Denarvaez peint ce qui le touche et l'interroge, ce qui nourrit sa réflexion et ses songes, comme une façon de transcender l'instant vécu. Il se place ainsi dans une démarche d'exploration de la peinture, travaillant à des séries répondant à des questionnements existentiels à la fois actuels et pérennes.
Au-delà, les oeuvres présentées ici montrent la fascination qu'il entretient depuis l'enfance pour tout ce qui vole, oiseaux, avions et autres machines. Fascination révélatrice si on considère ce que le vieux rêve humain de s'élever dans les airs, d'Icare à Léonard de Vinci, recèle symboliquement. Depuis toujours, le travail d'Arturo Denarvaez s'inscrit donc dans une réflexion sur la lévitation, l'élévation, l'arrachement à la pesanteur, le déracinement peut-être, l'affranchissement des normes, l'envolée.
C'est aussi la suspension, l'"entre deux" : entre terre et ciel, corps et âme, chair et esprit. C'est encore, nécessairement, la possibilité et le risque de la c hute, mais encore bien davantage le rebond - rédemption, résurrection, Phénix renaissant de ses cendres...-. Autant de thèmes récurrents dans son oeuvre, rejoignant précisément ceux qui jalonnent l'Histoire de l'Humanité et les histoires qu'elle se raconte, ces mythes de la transgression, depuis les Argonautes jusque Sisyphe ou Icare. Figurer la condition humaine semble donc un souci essentiel pour Arturo Denarvaez, l'humain dans sa grandeur et sa misère, comme dirait Pascal, sa lutte contre sa condition et ses tiraillements, dans sa beauté et sa laideur, ses faiblesses et sa puissance, dans le sublime et l'abject dont il est capable.
La peinture d'Arturo Denarvaez est une peinture de la démesure, puissante, aux accords chromatiques courageux et romantiques, dans l'ampleur du geste, oscillant de la pesanteur à vivre à la grâce d'exister.
Ainsi, le titre de l'exposition, emprunté au célèbre ouvrage de la philosophe Simone Weil, illustre-t-il ce balancement permanent , même si la peinture d'Arturo Denarvaez parait plus métaphysique que religieuse, plus incarnée que spirituelle. "Tous les mouvements naturels de l'âme sont régis par des lois analogues à celles de la pesanteur matérielle. La grâce seule fait exception." écrivait Weil. Il y a quelque chose de cet ordre dans l'oeuvre du peintre. D'abord parce que, sans doute, l'acte de création artistique est une forme de la grâce, ensuite, parce qu'Arturo Denarvaez a la conscience profonde que de l'état de grâce à la chute, il ne peut suffire que d'un battement d'aile.
Marie Deparis-Yafil